Falcon Energy sort les griffes contre Conakry
- 16 mars
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Dernière mise à jour : 17 mars
L’entreprise canadienne réclame 100 millions de dollars à la République de Guinée après la révocation du permis d’exploitation de son projet Lola. Un nouveau litige international pour Conakry, déjà engagé dans plusieurs contentieux avec des compagnies minières, et qui pourrait également compliquer ses relations avec les Émirats arabes unis.
Ce 16 mars 2026, Falcon Energy Materials, société listée à Toronto mais domiciliée aux Émirats arabes unis depuis juillet 2024, a déposé une demande d'arbitrage auprès du CIRDI contre la République de Guinée. La société réclame 100 millions USD, estimant que la révocation en mai dernier de son permis d'exploitation du projet Lola constitue une expropriation illégale et une violation du traité bilatéral d’investissement entre les Émirats arabes unis et la Guinée. Le cabinet LALIVE, spécialisé en arbitrage minier, devrait assurer la défense de la société.
Le projet Lola, situé dans la région de Nzérékoré, bénéficie d’un permis d’exploitation de 15 ans couvrant 94 km². D'après l'étude de faisabilité déposée en mars 2023, le projet abriterait des ressources mesurées et indiquées estimées à 53,96 millions de tonnes, avec une teneur moyenne de 3,98 % en graphite. Derrière ce projet, le PDG Matthieu Bos est un ancien vice-président Afrique d’Ivanhoe Mines, le chairman Benoît La Salle, fondateur de Semafo et CEO d'Aya Gold & Silver, et son fidèle partenaire Yves Grou, avocat canadien. Autour de la table des actionnaires, La Mancha Fund de l'homme d'affaires égyptien Naguib Sawiris côtoie la Coris Bank International dirigée par Idrissa Nassa. De quoi faire de ce dossier un épineux litige pour Conakry.
Le graphite est le principal matériau d'anode des batteries lithium-ion. La Chine en produit 77 % et en raffine plus de 90 % à l'échelle mondiale. C'est précisément ce monopole que Falcon entend contester en construisant à Jorf Lasfar au Maroc, une usine de CSPG, une forme raffinée du graphite utilisée dans les batteries. Capacité visée : 26 000 tonnes par an d'ici 2027, pour un investissement de 86 millions de dollars. Dans ce schéma intégré, la perte de Lola amputerait donc en partie le volet minier en amont, mais ne remettrait pas en cause la stratégie globale selon le président de la société qui a confirmé que celle-ci poursuivra le développement de son usine au Maroc tout en menant l'arbitrage.
Une Guinée sous pression
Ces litiges pourraient également détériorer les relations entre la Guinée et les Émirats, devenus ces dernières années un partenaire économique et sécuritaire important. Falcon Energy est en effet le troisième investisseur basé aux Émirats à engager une procédure au CIRDI contre Conakry en moins d'un an. En août 2025, Emirates Global Aluminium (EGA), groupe public d'Abu Dhabi, dénonçait l'expropriation de sa filiale Guinea Alumina Corporation, dont la concession avait été transférée à Nimba Mining, une société d'État guinéenne créée le même jour. En décembre 2025, Axis International, société minière basée à Ras Al Khaimah et détenue par l'industriel Pankaj Oswal, déposait de son côté une réclamation de 28,9 milliards de dollars après la révocation de son permis de bauxite à Boffa. Falcon Energy Materials, domiciliée à Abu Dhabi, complète ainsi ce tableau.
De son côté, le régime de Mamadi Doumbouya justifie ces révocations par la non-conformité des opérateurs aux nouvelles obligations de transformation locale des minerais. Souverainisme assumé, donc, mais dont la facture juridique s'alourdit à mesure que le calendrier politique se resserre. Doumbouya, réélu en janvier dernier avec 86 % des voix lors d'un scrutin contesté, a depuis dissous quarante partis d'opposition, dont les trois principales formations du pays.
Si Standard & Poor's a récemment relevé la perspective souveraine du pays à « Positive », confirmant la notation à « B+ » et saluant la discipline budgétaire du régime, la Guinée accumule en parallèle les passifs juridiques. De quoi fragiliser sa réputation, ainsi que ses perspectives économiques et diplomatiques.
